procrastinateurprofessionnel
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Bref, les dix derniers jours de juillet m’apportaient un sentiment de bien-être que je n’avais jamais connu auparavant. J’éprouvai une sensation qui ensuite s’est souvent répétée dans ma vie : la joie de la nouveauté. Tout me plaisait : me lever tôt, préparer le petit déjeuner, débarrasser, me promener dans Barano, descendre et monter la route des Maronti, lire allongée au soleil, plonger et retourner lire. Je n’avais aucune nostalgie de mon père, mes frères et sœurs, ma mère, les rues du quartier ou le jardin public. Seule Lila me manquait, Lila qui pourtant ne répondait pas à mes lettres.
Elena Ferrante, L’Amie Prodigieuse
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Chaque fois que je lui rapportais un livre, Madame Economopoulos voulait savoir ce que j’en avais pensé. Je me demandais ce que cela pouvait bien lui faire. Au début, je lui racontais brièvement l’histoire, quelques actions significatives, le nom des lieux et des protagonistes. Je voyais qu’elle était contente et j’avais surtout envie qu’elle me prête à nouveau un livre pour filer dans ma chambre le dévorer.
Gaël Faye, Petit pays
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Avec le temps, à force de méditer ses incroyables transgressions, j’ai aussi fini par admettre avec terreur qu’il y a chez tout homme, ou presque, un invincible besoin de rester un type bien à ses propres yeux ; et une aptitude effarante à maintenir cette certitude, même dans les situations les plus insoutenables, d’où le bien paraît de tout évidence banni. Les brutes qui se rasent le matin en riant aux éclats de leur infamie sont assez rares. Hélas, les tueurs gouvernementaux ont généralement une allure policée et un discours correct. Et, parfois, des pudeurs touchantes de lecteur de Jean Giraudoux.
Alexandre Jardin, Des gens très bien
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Désirer trop trouble l’âme.
J’avais trop désiré la revoir. Cette soif m’avait habité pendant des semaines. «  Un esprit qui saurait se contenter, limiter son désir de rencontre, cet esprit-là serait un maître. »
Eric-Emmanuel Schmitt, Milarepa
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Mais vous êtes jaloux, et la jalousie ne raisonne pas. Hé bien ! Je vais raisonner pour vous.
Ou vous avez un rival, ou vous n’en avez pas. si vous en avez un, il faut plaire pour lui être préféré ; si vous n’en avez pas, il faut encore plaire pour éviter d’en avoir. Dans tous les cas, c’est la même conduite à tenir : ainsi, pourquoi vous tourmenter ? Pourquoi, surtout, me tourmenter moi-même ? Ne savez-vous donc plus être le plus aimable ? Et n’êtes-vous plus sûr de vos succès ? Allons donc, Vicomte, vous vous faites tort. Mais, ce n’est pas cela ; c’est qu’à vos yeux, je ne vaux pas que vous vous donniez tant de peine. Vous désirez moins mes bontés que vous ne voulez abuser de votre empire. Allez, vous êtes un ingrat. Voilà bien, je crois, du sentiment ! Et pour peu que je continuasse, cette lettre pourrait devenir fort tendre ; mais vous ne le méritez pas.
Pierre Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses, Lettre 152, La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont
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La graisse des corps brûlés, ils la recueillaient et la versaient à nouveau pour que tout le monde brûle bien.
Art Spiegelman, Maus, IIème partie : Et c’est la que les ennuis ont commencé Chapitre deux : Auschwitz (Le temps s’envole)
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Les arbres étaient des chênes pour la plupart. Ils avaient été plantés, les premiers, dès l’époque de Louis XIV. À mesure qu’on avance dans les allées forestières, on découvre des alignements inattendus. Le désordre des troncs fait alors place, pour un instant, à une trouée rectiligne qui semble conduire jusqu’à l’horizon. Cette irruption de la volonté humaine dans le chaos de la nature ressemble assez à la naissance de l’idée dans le magma des pensées confuses. Tout à coup, dans les deux cas, naît une perspective, un couloir de lumière qui met de l’ordre dans les choses comme dans les idées et permet de voir loin. Dans les deux cas, ces moments lumineux ne durent pas. Dès que l’on reprend sa marche, dès que l’esprit se remet en mouvement, la vision disparaît, si l’on n’a pas pris garde de la fixer par la mémoire ou l’écriture.
Reste qu’à avancer dans une telle forêt est un puissant stimulant pour la réflexion.
Jean Christophe Rufin, Le collier rouge
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Bob essaya de se dégager, mais s’arrêta au milieu de son geste. L’instant d’une audace, leurs regards se croisèrent. Puis, délibérément, gravement, Bob referma les paupières et Jim le toucha, comme il l’avait si souvent fait en rêve, sans verbe, sans pensée, sans peur. Quand les yeux se ferment, le monde réel commence.
Gore Vidal, Un garçon près de la rivière
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La pétanque c’est la projection de la pensée. Pas besoin d’y voir.
Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, Les Vieux Fourneaux, Tome 1 : Ceux qui restent
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Je ne croirai jamais que seuls les hommes puissants, les gouvernants et les capitalistes soient responsables de la guerre. Non, l’homme de la rue est tout aussi content de la faire, autrement les peuples se seraient révoltés il y a longtemps ! Les hommes sont nés avec l’instinct de détruire, de massacrer, d’assassiner et de dévorer ; tant que toute l’humanité, sans exception, n’aura pas subi une énorme métamorphose, la guerre fera rage ; les reconstructions, les terres cultivées seront détruites de nouveau, et l’humanité n’aura qu’à recommencer.
Anne Frank, Journal
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La salle du trône du palais de Niavaran étincelle de toutes ses mosaïques, ses miroirs et ses lustres. Dans cette salle des Mille et une nuits, au son des trompettes, le roi, admirateur de Napoléon, se fait empereur. Avec des fastes d’un autre âge, il se couronne lui-même, et sacre son épouse, une première, depuis la fondation de la monarchie persane, il y a 25 siècles. Farah Diba devient officiellement la « chahbanou ». Cyrus n’a d’yeux que pour cette couronne que le chah dépose avec précaution sur la tête de sa femme, agenouillée à ses pieds. Selon l’empereur, ce geste symbolise l’émancipation de la femme musulmane. L’impératrice renchérira plus tard : « Cette couronne affirme solennellement l’égalité de l’homme et de la femme, après des siècles d’humiliation. »
Stéphanie Perez, Le Gardien de Téhéran
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« Le matin de l’écrit, les aiguilles de son réveil ont marqué successivement l’heure à laquelle il aurait dû se lever, l’heure du début de l’épreuve, l’heure de sa fin. Il les a regardées tourner de son lit. »
Emmanuel Carrère, L’Adversaire
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J’avais le visage collé à la vitre [du train] pour ne rien manquer du spectacle. J’aimais cette rivière plus que tout au monde et à l’époque j’en avais honte. Et je ne savais pas pourquoi je l’aimais tant. Peut-être parce qu’elle abrite des poissons, ou parce qu’elle est libre, sans entrave ? Parce qu’elle ne s’arrête jamais ? Parce qu’elle bruisse en vous empêchant de dormir ? Parce qu’elle existe depuis toujours, et que ces eaux meurent chaque jour quelque part au loin ? Ou qu’on peut y naviguer ou s’y noyer ?
[…]
Dans ma petite fenêtre, apparu un château, c’était Karlstejn. Les rois de bohème avaient un goût semblable au mien. Ils avaient choisi la rivière Berounka, et y avaient bâti les châteaux de Karlstejn et de Krivoklat.
Ota Pavel, Comment j’ai rencontré les poissons
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« C’est pour vous dire : merci.
Le Monde du samedi 20 juillet m’est arrivé par hasard, des amis de passage l’ont oublié chez moi. Je l’ai laissé traîner jusqu’à cet après-midi.
La maison est calme. Il fait très beau, très chaud.
On fait la sieste - vous comprenez ?
Alors, j’ai lu, et fait usage du Monde.
Et cela fait plaisir.
Celui qui me faisait plaisir de cette façon se trouve aujourd’hui bien empêché, du moins de la manière simple et directe. Mais il sait qu’avec moi les mots sont efficaces. Alors il s’est servi de vous, je pense, il s’est servi de vos mots, et il est juste que je vous remercie de m’avoir transmis son message.
Celui qui me faisait plaisir est mort. Il y a bientôt cinq ans.
Depuis, je n’avais pas fait la sieste.
J’ai soixante-dix ans.
Encore merci. »
Emmanuel Carrère, Un roman russe
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procrastinateurprofessionnel · 10 months ago
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Ils ont l’air comme ça d’embêter personne, mais WT dit que c’est pour ça qu’il surveille TJ, pour qu’il devienne jamais comme eux. TJ voit pas comment il pourrait jamais devenir comme eux, mais là WT dit, pile comme un vieil homme: “Eux non plus, ils voyaient pas.”
James Baldwin et Yoran Cazac, Little man little man
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procrastinateurprofessionnel · 10 months ago
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of course I want to be successful
but I don’t crave success for me
I need to be successful to gain
enough milk and honey
to help those around
me succeed
Rupi Kaur, milk and honey
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« BIEN ! Il serait peut-être plus facile de combiner le « développement personnel » et des « relations amoureuses intimes et durables », si on relâchait un peu nos exigences d’une vie commune stable et de projets de vie, parfaitement identiques… S’échapper un peu, si on veut, de l’exigence du droit de propriété sur le corps de l’autre… Et, si cela simplifie les choses, séparer le « projet d’avoir des enfants » du « projet amoureux ». Du genre, essayer d’avoir des relations qui ne sont pas aussi imprégné d’un idéal romantique, mais qui ressemble plus à des relations d’amitié emplies d’amour.
Liv Strömquist, Les Sentiments du Prince Charles
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