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La tendance du féminisme: Réel combat ou sinistre embrigadement totalitaire ?
Ce tee-shirt blanc avec l’inscription: « We should all be feminists », l’une des pièces les plus remarquées de la collection printemps-été 2017 de Christian Dior, est devenue la référence de la première collection de Maria Grazia Chiuri en tant que directrice artistique. Ce message engagé représente une référence directe au titre de l’ouvrage de Chimamanda Ngozi Adichie publié en 2014. L’auteure, ouvertement féministe, était d’ailleurs présente au défilé à Paris, au côté de Rihanna et Marion Cotillard, les égéries de la maison. Au delà du message fort, c’est bien un acte engagé et militant qui s’empare du catwalk cette saison. En 2014 déjà, la maison italienne Prada faisait office de précurseur. Pour sa collection printemps-été ouvertement « féministe », des artistes contemporains avaient dessiné des visages de femmes sur des robes. Une année plus tard, Chanel a surenchéri, en organisant une fausse manifestation-défilé pour présenter sa collection printemps-été. Les mannequins arboraient avec détermination des panneaux aux inscriptions militantes. A leur tour et dans la suite logique des événements, les enseignes grands publics reprennent les formules féministes. Telle la marque de vêtements Feminist Apparel avec ses basiques ornés des mots « Women just want to have fun-damental human rights », ou encore le label américain It’s Me and You qui propose des tee-shirts et des culottes ornés de l’inscription « Feminist ». Une question se pose alors: s’agit-il d’un vrai combat ? Ou rien de plus qu’un sinistre embrigadement totalitaire ?
La devise mode de 2017:
1.1 Les allers et retours dans l’histoire de la mode féminine.
L’histoire de la mode est ponctuée d’allers et retours. Les vêtements qui touchent à la condition féminine ne dérogent pas à la règle. Lors de la Révolution Française, où souffle pour les femmes un espoir de liberté et d’égalité, les vêtements deviennent fluides et les bustes rigides tombent. A l’inverse, la Restauration prônait un retour à la sévérité tant au niveau politique que social et la rigidité dans le vêtement revient avec des jupons encombrants. Pendant des années, les femmes se sont infligées le port de vêtements « de combat », semblables à des armures. Dernièrement, pour continuer à coller à l’image de la femme séductrice et prédatrice, elles s’imposent un tailleur-pantalon strict emprunté au vestiaire masculin, ou un tailleur-jupe très près du corps avec des stilettos impraticables. Aujourd’hui, d’après les magazines, les femmes ont changé ; elles veulent se sentir mieux et vivre en paix avec elles-mêmes. La créatrice Victoria Beckham incarne cette évolution: après avoir souffert des années et des années en portant des talons aiguilles pour coller avec son statut de femme fatale, elle ne porte désormais que des basket et des chaussures plates. Cet exemple illustre le nouvel impératif catégorique féminin: celui du confort. Non pas par négligence ou par volonté de se laisser aller, mais pour une motivation qui semble toute nouvelle: avoir envie de se faire du bien. Toutefois pour Victoria Beckham, l’envie de changer son image de séductrice afin de permettre à ses clientes de s’identifier davantage à sa marque n’est pas à exclure.
1.2 Vers une nouvelle manière de s’habiller ?
Dans Madame Figaro, les commentaires critiques des tendances de l’été 2017 sont unanimes: « Fonctionnelle et sensuelle, telle est la devise de la mode en 2017. » Cette devise s’inscrit donc dans le sens d’une saison qui privilégie la coolitude et le confort. La grande révolution, prônée par les médias, est l’image de la femme, directement vue par les femmes. Aujourd’hui, la presse féminine clame haut et fort que les femmes ont évolué. Elles savent qu’elles n’ont plus rien à prouver à qui que ce soit : elles peuvent exécuter des travaux d’homme, faire des enfants toute seule, être chef d’entreprise, femme politique ou astronaute. Même si cette révolution reste encore largement inachevée ; les inégalités et le sexisme demeurent une réalité dans de nombreux domaines. Mais la femme poursuit le combat de son indépendance en se sentant plus cool, plus sûre d’elle. Son look doit être, bien évidement, le reflet de ce bien être intérieur. Pour l’été 2017, interdiction aux vêtements de contraindre les femmes et de les empêcher de s’exprimer. Aujourd’hui, plus que jamais, la mobilité et l’aisance dans les mouvements sont essentielles. Ainsi, la tendance joue sur la femme nouvelle, qui ne cherche plus à attirer le regard de l’homme ni à assumer bec et ongle sa féminité. Toutes les femmes souhaitent s’identifier à cette noble vision : celle d’une femme confiante, épanouie et à l’aise. Selon le sociologue Pierre Bourdieu l'aliénation des femmes se fait de façon subtile, notamment lorsqu'elles croient se reconnaître dans les activités de séduction, se définissant ainsi par et pour le regard de l'autre, et non comme sujet autonome. Cette théorie, scientifiquement établie, pourrait donc être réfutée. C’est, du moins, ce qu’affirme les magazines. Le statut de la femme est le sujet d’une nébuleuse de débats au sein de la presse mode dont l’unique but reste le profit. Tous ces beaux discours sur la liberté du corps de la femme à travers sa tenue sont certes un excellent coup marketing, mais au delà du business, y a-t-il un acte véritablement engagé ?
1.3 Porter et afficher ses convictions.
Pour beaucoup, privilégier une nouvelle image de la femme à travers son look reste insuffisant. Il faut assumer, exprimer, et surtout exhiber fièrement ses convictions féministes ; pour ce faire quoi de mieux que le tee-shirt imprimé d’un message? Celui-ci s’est déjà imposé sur bons nombres de défilés. En septembre dernier, chez Dior, comme mentionné précédemment; ce printemps chez Zadig & Voltaire qui affirme noir sur blanc « Girls can do anything » ; chez Creatures of Comfort qui orne ses pulls de la mention « We are all human beings after all ». De manière plus subtile et discrète, les soeurs Olsen accolent les mots « Freedom », « Unity » ou « Hope » sur certains looks de leur label The Row.
Il est clair que le féminisme est à la mode. Le fait d’afficher ses convictions aussi. De plus, un tee-shirt blanc de marque et toujours relativement abordable face à un beau sac à main… Même si pour acquérir celui de Dior, il faut tout de même débourser la modique somme de 550 euro. Pour un basique qui revendique l’unicité c’est un peu excessif non? Enfin, il est évident que si cette tendance fait le buzz sur les réseaux sociaux, c’est excellent pour le business, alors tout le monde s’y met, et chacun confectionne son petit slogan. Cette tendance est devenue virale et à grâce à elle, mais surtout aux profils qu’elle peut rapporter, tout le monde se montre engagé. Et certains vont encore plus loin. C’est le cas de Mara Hoffman. Pour l’ouverture de son défilé du 21 janvier dernier, la créatrice a invité quatre initiatrices de la Women's March à lire un manifeste pour les droits des femmes: « Nous affirmons notre humanité partagée et prononçons notre message de résistance et détermination. Nous devons créer une société dans laquelle toutes les femmes sont libres. » Se montrer militant pour une cause qui touche toutes les clientes potentielles, voilà la clé pour donner bonnes consciences à toutes les fashion victimes ravies et désoeuvrées qui ont capitulé devant la société de consommation.
2. L’impact engagé des stars:
2.1 Les nouveaux concepts militants.
Dans la suite logique des événements, les stars ont été les premières à adopter la tendance : de Emma Watson à Miley Cyrus en passant par Nicki Minaj. Toutes veulent faire entendre leur voix, et surtout changer leur image de cruche sexy et provocante. C’est notamment le cas de la célèbre Beyoncé, qui n’hésite pas à inclure un discours féministe dans la communication de sa marque de sportswear Ivy Park. Elle travaille également en collaboration avec diverses célébrités noires dans le but de soutenir la visibilité des femmes afro-américaines. Selon Alice Litscher - professeure en communication à l’Institut français de la mode - s’il n’y a pas d’incohérence à faire rimer capitalisme et féminisme, c’est parce que:
« la culture néolibérale est le squelette de l’Amérique, qui repose sur le mythe du self-made-man. Gagner de l’argent ou avoir un pouvoir d’achat est un symbole d’émancipation, de réussite, de progrès social – des valeurs proches de la pensée féministe ».
Ainsi, de faire de cette pensée un atout commercial serait parfaitement justifié. Et si ça rapporte de l’argent, la visibilité ne sera que plus importante. De plus, cette visibilité est de bonne augure car elle apparaît comme étant militante et auréolée de bons sentiments. Pour s’en convaincre, en janvier 2017, à l’occasion de la Women’s March, l’actrice Natalie Portman faisait partie du cortège à Washington. Evidemment l’égérie de la maison Dior n’a pas hésité à porter son fameux tee-shirt. La chanteuse Rihanna a surenchéri en postant sur son compte Instagram une photo d’elle portant également le même tee-shirt afin d’exprimer son soutien. Suivi de près par l’influenceuse mode Chiara Ferragni.
Toutes ces stars, au discours soudainement engagé ont eu un impact indéniable sur leurs fans en mettant en lumière des concepts militants. Ainsi des nouveaux termes ont vu le jour tels que #l’Empowerment, le #No Apology, la pensée #Pro-Sex. Tous ces courants de pensée ont fait le buzz sur Twitter et Instagram. Mais ces nouveaux hashtags signalent-ils un réel combat? Ou une simple mouvance gentiment idéologique dont le résultat sera une société inchangée?
2.2 Les activistes comme nouvelles égéries.
Des stars activistes aux activistes stars, il n’y a qu’un pas, et Gucci l’a très bien compris. Pour sa collection automne-hiver 2016-2017, la marque italienne a choisi des artistes activistes comme égéries. Ainsi Hari Nef - actrice et activiste transgenre - et Petra Collins - artiste et commissaire d’exposition travaillant autour de la représentation du féminin - ont foulé le catwalk lors du défilé automne-hiver 2016-2017 de la griffe italienne. Les deux artistes ont également tourné dans le film publicitaire de la même saison. Une façon pour la marque de célébrer l’authenticité et la diversité, mais aussi d’appuyer la vision critique actuelle sur la notion de genre, thème cher à Alessandro Michele, directeur artistique de la marque.
Mais Gucci n’est pas la seule marque à se prêter au jeu. Stella McCartney a choisi, au printemps dernier, l’actrice et activiste Amandla Stenberg pour être l’égérie de son nouveau parfum Pop. Pourtant, selon la sociologue Joanne Hollows:
« Pour une grande partie des féministes, les rites quotidiens liés au maquillage et à la mode oppressent les consommatrices. Ils les poussent à devenir des objets visuels pour le regard masculin et, en conséquence, les déshumanisent ».
Toutefois, les militantes qui collaborent avec l’industrie de la mode, ne considèrent pas cette démarche comme contradictoire avec leur engagement Bien au contraire, il s’agirait plutôt d’un nouveau moyen d’accéder à une plate-forme de communication. Mais soyons réaliste, il s’agit aussi, et surtout, d’un énorme coup de publicité pour leur carrière et un merveilleux moyen de faire parler d’elles.
3. Comment le féminisme est devenu un argument marketing:
3.1 La stratégie « Femvertising ».
Peu importe les incohérences, le féminisme est devenu l’un des leviers marketing de la mode. C’est ce qu’on nomme le femvertising - fusion de feminist et advertising -. Ce courant, né dans les sixties, utilise des slogans engagés pour faire consommer les femmes : comme cette publicité pour les cigarettes Virginia Slims, où l’on met en scène une Wonder Woman, pour signifier, texte à l’appui, que « les femmes sont biologiquement supérieures aux hommes ». Cette stratégie publicitaire reprenait des slogans engagés pour faire vendre des produits aux valeurs traditionalistes. C’est le même syndrome dont souffre la publicité actuelle. Elle utilise des cris de ralliements féministes, mais détournés, pour faire vendre des produits de consommation. 3.2 Le marketing genré.
Ces messages pseudo-engagés émergent en réaction à la mode du marketing « genré » qui propose des articles féminins ou masculins et surtout qui remodèle des produits dits « masculins » pour les clients féminins. On peut notamment penser aux Lego destinés aux petites filles, avec des briques roses et des personnages en robes. La marque Bic propose même des stylos billes « For Her » fuchsia ou violet à paillettes et affinés, mais attention! C’est un modèle destiné uniquement aux femmes. On en vient même à proposer des dentifrices différents pour un homme ou une femme, parce que c’est bien connu, nous n’avons pas les même dents. Cette stratégie repose donc sur une image binaire entre Monsieur et Madame, cantonnant cette dernière à une utilisation délicate et simpliste de l’objet. C’est précisément ces stéréotypes que le Femvertising tente de casser.
Conclusion Le concept de ces campagnes engagées est scandaleux et hypocrite car, en réalité, il renforce une féminité classique à travers le culte de l’apparence mais avec des codes faisant mine de la démanteler. Pourquoi ça marche ? Parce que cela promet un acte de rébellion et un sentiment d’engagement tout en continuant de consommer de manière ostentatoire.
Toutefois, restons nuancés car tout n’est pas nécessairement à bannir : une campagne sincèrement engagée peut être possible, tout dépend du produit, de sa présentation de la femme, et surtout des véritables valeurs de la marque. Alors prise de conscience ou outil marketing pour l’industrie de la mode ? Pour Maroussia Rebecq, fondatrice de la marque Andrea Crews, peu importe:
« Que les grosses corporations soient sincèrement féministes, cela n’a pas vraiment d’importance. Ce qui compte, c’est qu’elles provoquent un résultat tangible : des femmes acceptent le terme “féministe”, longtemps tabou, partagent du contenu engagé, manifestent, s’expriment. »
Pour que le mot « féministe » soit enfin reconnu, doit-on, en toutes connaissances de cause, tolérer ce pseudo engagement simulé et déloyal ? Aujourd’hui, la nouvelle génération se caractérise par une soumission total à la dictature du look. Ce combat pourrait prendre un nouveau souffle grâce à cette médiatisation. A moins que ce soit encore, pour les marques, une manière de se justifier.
Bibliographie
Ouvrages généraux:
Bourdieu Pierre, La domination masculine, Paris: Seuil, 1998.
Hollows Joanne, Feminism, Femininity and Popular Culture, Manchester: Manchester University Press, 2000.
Kaczmarek Sylvie, Femmes et féminisme: d’hier à demain, Toulouse: Erès, 1993.
Ngozi Adichie Chimamanda, Nous sommes tous des féministes, Paris: Editions Gallimard, 2014.
Article:
Girard Isabelle, « La nouvelle ère du cool », in Madame Figaro, mars 2017, n°22582, p. 84.
Article en ligne:
Corviole Marine, « Féminisme, unité et solidarité: la Fashion Week de New York s’engage. », in L’Express Styles, février 2017. Consulté le 14 mai 2017. URL: http://www.lexpress.fr/styles/mode/defiles-fashion-week/defiles/fashion-week-de-new-york-une-mode-feministe-engagee_1879574.html
Mower Sarah, « La mode sera féministe ou ne sera pas. », in I-D Magazine, novembre 2015. Consulté le 5 mai 2017. URL: https://i-d.vice.com/fr/article/la-mode-sera-fministe-ou-ne-sera-pas
Pfeiffer Alice, « Comment le féminisme est-il devenu un argument marketing? », in Magazine Antidote, février 2017. Consulté le 8 mars 2017. URL: http://magazineantidote.com/mode/comment-le-feminisme-est-il-devenu-un-argument-marketing/
Pfeiffer Alice, « Mode et féminisme, le mariage de raison », in Le Monde.fr rubrique mode, mars 2017. Consulté le 14 mai 2017. URL: http://www.lemonde.fr/m-styles/article/2017/03/02/mode-et-feminisme-le-mariage-de-raison_5088304_4497319.html
Tremblay Samuel, Carignan Sophie « Le féminisme et la mode à travers les années », in Revue McCord Museum Montreal, juin 2017. Consulté le 14 mai 2017. URL: http://collections.musee-mccord.qc.ca/scripts/viewobject.php?lang=2&tourID=school_003
Iconographie:
Défilé Chanel, printemps - été 2015.
Défilé Christian Dior, printemps - été 2017.
Coulisse du défilé Zadie & Voltaire, automne - hiver 2017.
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➖"À tel point que pour ceux qui savent que Quasimodo a existé, Notre-Dame est aujourd'hui déserte, inanimée, morte. On sent qu'il y a quelque chose de disparu. Ce corps immense est vide; c'est un squelette; l'esprit l'a quitté, on en voit la place, et voilà tout. C'est comme un crâne où il y a encore des trous pour les yeux, mais plus de regard." ➖ Victor Hugo
#notredamedeparis #skull #victorhugo
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➖▪️ P O È M E À P A R I S
#tresorparis #romantic #amoursincère
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B- l a c - k M E -t a l
Une énergie du chaos
Si des groupes comme Celestia, L’Antre des Damnées, Osculum Infame ou encore Mütiilation ne te disent rien, c’est que tu n’as pas conscience qu’il existe une musique qui transcende l’énergie du chaos. C’est même plus qu’une musique, ça va au-delà… c’est un blasphème, un cri de haine, un hurlement à la gueule de l’humanité : c’est le Black Métal.
Bien qu’il ait le nom Métal dans Black Métal, il s’agit cependant de deux genres musicaux bien éloignés - même si certains éléments, principalement visuels, se confondent -. Contrairement au Métal qui prend sa source dans le Blues, le Black Métal, lui, est originel. Il nait, dans les eighties, sans aucune influence musicale. Ainsi, il est immédiatement perçu comme une contre-culture au sein même de la scène Métal. Réputé comme mal enregistré, mal produit, et agressif, le Black Métal, conduit surtout à une attitude. En authentiques disciples de la musique Punk, les musiciens ne visent pas l’excellence. Au contraire, ils veulent se démarquer, renverser les clichés et imposer un mode de vie non conventionnel. Produire un son avec une guitare mal accordée en gueulant dans un micro, c’est ça le Black Métal. Même le processus de création pue le malsain.
Il faut bien comprendre : ce n’est pas une musique sympathique. Elle n’est pas jouée pour plaire. Elle veut plutôt insuffler de la haine et du dégoût. Le Black Métal c’est une révolution, un fléau, une maladie ; la gangrène qui infecte la société. Mais une révolution sans cause, sans but. Il n’y a que la haine qui importe. Une haine globale qui s’attaque à toutes les religions, à toutes les races, à toute l’humanité en somme. Le Black Métal vise la sublimation de la souffrance. Dans cet univers, on se voue à un monde occulte et dépravé. Le son est cru, violent, sale. Il se mélange à une ambiance noire et immersive. Le résultat produit est complètement, inexorablement provoquant et démentiel. Il s’agit d’une musique hyper underground que le commun des mortels ne peut pas connaître. Pour être en phase avec cette communauté, il faut s’y immerger complètement. Quand tu rentres dans l’univers du Black Métal, c’est comme si tu rentrais dans un cercle occulte.
Ce genre musical ne cherche pas à se répendre, il préfère rester dans l’ombre, caché avec ses initiés. Malgré internet, malgré les réseaux sociaux, le mystère de cette musique perdure encore aujourd’hui. Voilà pourquoi elle reste aussi forte et aussi atypiquement cool.
L’imagerie de ces groupes est froide, sombre, triste et morbide. Beaucoup de membres adoptent un style vestimentaire «néo-médiéval» qui inclut des vêtements en cuir, des bijoux ornés de clous, des éléments sadomasochistes et des peintures faciales appelées corpse paint. La plupart des musiciens de black metal décident d’avoir des pseudonymes - souvent inspirés de personnages occultes ou imaginaires -. Cet univers porte un intérêt certain à l’Histoire médiévale, notamment celle de la Scandinavie. L’imagerie viking, celtique, ou plus globalement germanique y est très présente, afin d’accentuer le côté occulte et obscur de cette musique.
Pour certains, le Black Métal a eu son heure de gloire, il a implosé et il n’en resterait que des miettes. Pour d’autres, c’est la dernière contre-culture musicale authentique qui perdure encore aujourd’hui, et qui a su garder et préserver son côté sulfureux.
En tout cas, si tu as envie d’écouter du black métal à partir de maintenant, tu n’as rien compris à l’article, alors évites. Cette communauté ne voudrait pas de toi. Ils ne peuvent pas respecter un influençable désœuvré qui cherche juste à se donner un genre.
Documentaire - Bleu Blanc Satan - de Camille Dauteuille et Franck Trébillac - pour Noisey, 2016.ol
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S a - D e
Donatien Alphonse François de Sade, dit Le marquis de Sade, a été, durant le siècle des Lumières, un auteur vivement critiqué en raison de la part accordé dans son œuvre à l’érotisme, associé à des actes de violence et de cruauté tels que la torture, le viols ou encore l’inceste. Ce qui lui vaudra d’être emprisonné pour divers motifs - notamment pour dettes, empoisonnement et sodomie - . Deux siècles plus tard, l’écrivain est remis au goût du jour, et devient une figure contestataire, un symbole de revendication. Aujourd’hui plus que jamais, le marquis de Sade demeure le représentant d’une vision marginale, débauchée et transgressive de la société.
Occultée et dissimulée pendant tout le XIXe, l’œuvre littéraire de Sade est réhabilitée au XXe siècle par l’éditeur Jean-Jacques Pauvert. Cet amoureux de littérature sort ces écrits de la clandestinité en les publiant ouvertement, malgré la censure officielle dont il triomphe avec un procès en appel, en 1957. La bataille judiciaire qui a suivi la publication des œuvres complètes du marquis de Sade, a marqué les esprits. A tel point que, dans les cultures contestataires, l’auteur virulent occupe une place centrale après avoir été longtemps ignoré. Beaucoup de personnes prennent Sade au sérieux, faisant de lui un contremodèle, un archétype de l’individualisme antisocial et un antihumaniste. Sade est perçu comme l’anti-philosophe des Lumières, en révélant la barbarie des temps modernes. Mais c’est surtout son athéisme radical ; sa rupture opérée entre le corps et l’esprit ; sa problématisation de la notion de liberté infinie ; et surtout sa dénonciation de l’hypocrisie aux sources mêmes des lois et de la société, qui le mettent au cœur de l’élan critique. On retrouve notamment son esprit dans de nombreuses revendications transgressives. Celles-si prônent, non pas l’expression d’un droit à exister dans la société, mais bien l’exigence de la destruction de ses normes pour vivre.
Sade est décrit, en 1799, dans la gazette L’Ami, comme étant un infâme écrivain ; exalant une odeur cadavéreuse ; tuant la vertu ; et inspirant l’horreur. Cette description traite de l’œuvre emblématique du marquis de Sade : Justine ou les Malheurs de la vertu. Cette fiction scabreuse, capable d’empester le diable selon les dires de son créateur, l’accompagnera tout au long de sa vie… après une première version en 1791, l’auteur y ajoutera des nouveaux épisodes indécents. Ce qui donnera naissance à de nombreuses gravures pornographiques. Pour Jean-Jacques Pauvert, il s’agit sans doute de la plus importante entreprise de librairie pornographique clandestine jamais vue dans le monde. Sade devient la personnification de la débauche, un homme prêchant l’orgie, le parricide et le sacrilège. Sade disparu, son patronyme apparaît « sadisme », qui désigne une perversion sexuelle dans laquelle la satisfaction est liée à la souffrance ou à l’humiliation infligée à autrui. Un bel honneur n’est-il pas ?
Aujourd’hui, le marquis de Sade reste présent dans nos cœurs, comme le précurseur de la libération des corps et de la sexualité. Mais aussi comme un révolutionnaire et un anarchiste possédant, comme le dit si bien Apollinaire : « L’esprit le plus libre qui ait jamais existé ».
Marquis de Sade, les Crimes de l’amour -Frontispice de l’édition de 1799 des Crimes de l’amour, du marquis de Sade. Ph. Coll. Archives Larbor
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✖️ F R A C T U R E ➖ Photographe: Fabio Piemonte ➖ Réalisation: @sandap_meutey & @dame_de_p ➖Mannequin: @biagi_clara➖MUA: @gwendolinepresle
#setdesign #fragment #editorial
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T Y L E R S -H I E -L D S
Tyler Shields, ancien skatebordeur pro des X Games devenu photographe, est aujourd’hui connu pour être un artiste très controversé. Réputation notamment fondée à cause de ses séries violentes avec Lindsay Lohan. L’actrice, sanguinolente et torride, pose dénudée avec comme seul accessoire : une arme à feu. Mais la série la plus provocante est, sans conteste, celle où Tyler Shields a brûlé un authentique sac Hermès en peau crocodile. Un acte outrageusement choquant d’après la haute bourgeoisie de Beverly Hills. Pourquoi cette « communauté » est-elle outrée? Parce qu’elle est directement visée. Shields aime mettre en scène l’élite d’Hollywood avec des flingues, des couteaux ou encore des accessoires érotiques. Son style est cru, agressif et parfois même explosif. Mais aussi extrêmement maîtrisé et travaillé. Sa technique photographie est impeccable, ce qui apporte à ses clichés une certaine élégance atypique.
Outre la photographie, il s’est lancé dans le 7ème art en apparaissant dans deux longs-métrages, avant de faire ses débuts de réalisateur notamment avec le thriller Final Girl. Fin 2013, Shields a également sorti son premier livre photo, The Dirty Side of Glamour : « Une grande partie de ce livre est de montrer la liberté de vous-même », a-t-il déclaré pour The Hollywood Reporter. « Les gens sont pris dans l’idée de la célébrité, du luxe et de l’excès. Mais tout ce qu’ils sont vraiment n’est qu’une idée. Je veux dire, chaque célébrité va à la salle de bain! Ils mangent tous. Ils ont tous eu leur cœur brisé! Ils ont tous fait tout ce que chaque personne a fait, mais ils vivent juste sous un microscope. » Le culte de la célébrité est un thème que Shields a beaucoup exploré : « Avec Lindsay Lohan et le sang, Mischa Barton avec la viande, Heather Morris avec l’œil noir… une partie des images permettaient de montrer les différentes perceptions de ce que la renommée est vraiment et ses implications », poursuit-il. Ce qui est étonnant c’est que le photographe ne débauche pas directement les célébrités pour être ses sujets. Bien au contraire ! Les stars elles-mêmes se ruent pour être devant son objectif, après avoir entendu parler d’un projet par le bouche-à-oreille des tapis rouges. Une fois dans le studio photo, Shields encourage ses modèles à remettre en question leurs propres perceptions sur la renommée et la fortune. Toutefois, pour beaucoup d’internautes, ses photos ne sont que la représentation narcissique de ses propres excès. Ce goût pour la débauche et la provocation reflète les fantasmes pervers du photographe et fait partie intégrante de son œuvre. Mais également ceux du public, car chacun de nous éprouve une certaine fascination envers les frasques et les excès d’autrui, d’autant plus lorsqu’il s’agit de personnages célèbres.
Alors, l’œuvre Tyler Shields est-elle une critique sociale significative sur le rêve Hollywoodien ou simplement une mise en lumière de son mode de vie ? Pour Shields qu’importe les avis, pour lui seul son ambition compte, celle de toujours faire quelque chose de nouveau : « C’est tellement excitant d’être un artiste ! Tout ce que vous voulez faire, vous pouvez le faire. » Sans nul doute que sa liberté d’action et son culot font de lui un artiste hors norme qui n’a pas fini de nous surprendre.
Selfportrait - Tyler Shields - 2014
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“Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.
Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie.
Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, par la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.
On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.
Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu.
Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir.”
Aldous Huxley - « Le meilleur des mondes » - 1932.
Photographies - Exposition «L’esprit français, Contre-cultures 1969-1989» - Marx Domage - 2017.
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dame_de_pAddictions ➖ photographe: David Godichaud ➖ réalisation: Marine Pardo Candide Renard Yoonji Wang ➖ @istituto_marangoni #stilllife #junkfood
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Photographer - Tyler Shields - Provocateur - 2015
Geek is the new chic
Aujourd’hui, l’univers du geek envahit nos écrans et le mot geek fleurit sur toutes les lèvres. Pourtant, peu en connaissent l’origine. Dans les années 70, les geeks étaient exclus de la société, considérés comme ringards et has-been, avec leurs lunettes trop grandes et leur pantalon trop court. Quelques années plus tard, ils sont devenus tendances et leur monde imaginaire inspire les plus grands créateurs. En une poignée de décennies, un terme péjoratif devient le plus branché de tous ; ces asociaux rêveurs ont conquis un statut envié et adapté à notre monde hyperconnecté.
Le Réveil de la force
Avant tout un peu d’histoire ; le mot geek est d’origine germanique, plus précisément de « geck », qui désigne un fou, un malin. Mais c’est aux Etats-Unis que ce concept va rencontrer ses premières heures de gloire. Dans les années 20, des auteurs comme Truman Capote utilisent le terme geek pour désigner des hommes solitaires, bizarres, en marge de la société. Cette image les poursuivra pendant longtemps. Dès 1960, la notion de geek entre dans le langage commun pour désigner des types super intelligents, des ingénieurs cloués à leur machine, rêvant tous de travailler pour la NASA. Des mecs boutonneux, avec des pantalons trop courts, des lunettes trop grandes, et des chemises mal ajustées.
Un Nouvel espoir
Une décennie plus tard, le terme geek et son synonyme nerd, deviennent des insultes de cours de récréation, utilisés pour désigner les intellos, les binoclards. En un mot : des loosers, avec leur passion pour les jeux de rôle issus du monde fantastique. En 1977, un film va changer radicalement l’histoire : Star Wars. La guerre des étoiles devient un phénomène social dans le monde entier. C’est le plus grand succès au box-office de toute l’histoire du cinéma. Ce film annonce les prémices de grands changements pour la culture geek !
La Revanche des Sith
Les geeks révolutionnent la société avec la conception et la commercialisation des premiers ordinateurs personnels qu’ils sont les seuls à comprendre, à maitriser totalement. Mais l’image de l’antisocial, investissant beaucoup trop de temps devant son écran, semble perdurer… Grâce à Bill Gates, l’image du geek va évoluer. Ingénieur et entrepreneur dans le domaine de l’informatique, il a conçu le système d’exploitation Windows, on peut donc le qualifier de super geek. Ainsi, il devient difficile de se moquer des geeks quand l’homme le plus riche du monde en est un…
La Menace fantôme
Avec l’émergence d’une nouvelle génération 2.0, nourrie à la culture des jeux vidéo, la mouvance geek minoritaire et péjorative se popularise auprès des jeunes et des médias. Ainsi, les nouvelles technologies et internet permettent à l’image geeks d’évoluer. Ils ont inventé ces gadgets révolutionnaires qui ont changé radicalement le monde. Grâce aux produits Apple par exemple, les gens cools s’autoproclament geeks à leur tour. Aujourd’hui, la définition du mot geek a subit une révolution spectaculaire, c’est devenu un compliment… C’est même devenu chic !
L’Attaque des clones
La culture geek est tendance, elle se vend mieux que jamais, il suffit de voir tous les produits dérivés issus des univers fantastiques… chaque mois, un nouveau héro apparaît sur nos écrans ; les vieux magasins de comics deviennent des boutiques ultra stylées ; les geeks sont les stars de leur propre série télé, voire même des émissions de télé-réalité ! Les geeks représentent désormais la mode et la mode s’empare des geeks. La griffe Rodarte s’inspire directement de la saga StarWars pour sa collection automne-hiver 2015. A Noël dernier, l’univers futuriste et les personnages du film étaient présents dans les vitrines des Galeries Lafayette. Les costumes du film ont même infuencé Karl Lagerfeld pour son défilé couture chez Chanel en janvier 2016. Le dernier défilé printemps-été de Gucci, s’inspire quant à lui directement des codes geeks où le mauvais goût est mis à l’honneur, en jouant avec les lunettes over-size et les gilets en laine mixés avec des chemises à imprimés. Dernièrement la marque Sephora, pour sa campagne de noël, utilise l’image d’une super héroïne pour promouvoir ses produits cosmétiques. Comme ci le fait de les utiliser nous donnait des supers pouvoirs…
L’Empire contre-attaque
Mais qu’en est-il des geeks “originels” ? Aujourd’hui, ils se sentent dépossédés face à ces nouveaux geeks consuméristes et applemaniaques. Ils n’apprécient que modérément les imposteurs, et cherchent à les exclure de leur univers… Pourtant, comme mentionné précédemment, le terme geek désignait, à l’origine, des exclus. Ainsi, il y a quelque chose de très ironique dans le fait d’exclure les autres de son identité, elle-même basée sur l’exclusion. Une question se pose alors : seraient-ils passés du côté obscure ?
Sources:
Artciles
CARIO Erwan Cario, « “La Revanche des geeks”, sortie de quarantaine », in Libération, publié le 28 avril 2012, URL: http://www.liberation.fr/ecrans/2012/04/28/la-revanche-des-geeks-sortie-de-quarantaine_952471?page=article (consulté le 9 novembre 2016)
SUPLY Laurent, « Tentative d’étymologie du mot Geek », in Le Figaro, publié le 29 janvier 2008, URL: http://blog.lefigaro.fr/hightech/2008/01/-geek-tentative-detymologie.html (consulté le 16 novembre 2016).
Documentaire
« La Revanche des geeks », réalisation Jean-Baptiste Péretié, pour Arte France, diffusé le 28 avril 2011.
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N E V E R M I N D ➖ Photographe: @luciawegier ➖Réalisation: @dame_de_p ➖Model: Youri Colibri
#gederless #chaos #streetart #editorial
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HORS-NORME 💥➖ Photographe: Fabio Piemonte Réalisation: @luciawegier & @dame_de_p MUA: @lili_muha Mannequin: @christavango
Inspiration: #magazineantidote #yannweber🙏🏻 #diversity #norules
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Photographer - Tyler Shields - The dirty side of Glamour - 2014
Les blogueuses : la fin de l’innocence.
Depuis le début des années 2000, une nouvelle génération de blogueuses mode s’est développée. Ce qui fait leur succès ? Leur sincérité et leur liberté de ton. Leur influence ne cesse de se déployer et chaque jour, de plus en plus de personnes les suivent sur la toile. Les marques ont bien compris que leur visibilité représente une aide précieuse. De ce fait, on assiste à de nombreuses collaborations, cachées ou fièrement revendiquées, entre ces marques prestigieuses et les blogueuses. Toutefois, ces partenariats sont régulièrement critiqués par la presse mode au sujet de leur indépendance perdue vis-à-vis des marques puissantes dont elles ventent les mérites. Ces nouvelles reines du marketing digital pousseraient-elles davantage à la consommation ?
Nouvelle génération
Depuis une décennie, on constate une évolution dans l’univers de la mode et du multimédias : les blogs modes. Ceux-ci sont des pages personnelles comportant des avis, des articles et des photos traitant de différents sujets associés à la mode. Ainsi, les blogueuses se situent à la croisée du marketing, de la communication et du journalisme. Leur force ? Elles sont des consommatrices avant d’être des relais médiatiques, ce qui permet à leurs lecteurs de s’identifier. Ces nouvelles figures, sans aucune formation professionnelle, utilisent les outils de communications actuels, pour donner leur avis et pour promouvoir certains produits. Elles veulent se poser comme leaders d’opinions, à la fois acheteuses et expertes dans leur domaine. De ce fait, les marques veulent les intégrer dans leur stratégie. Chaque label consacre désormais un budget pour développer leur visibilité sur les blogs. Le prix d’un encart publicitaire dépend du nombre de visiteurs enregistrés. En un sens, cet investissement lucratif repose sur les mêmes fondements que les médias traditionnels, avec des annonceurs qui passent commande pour réaliser et diffuser un message.
«Pourtant, quand je me suis lancée il y a cinq ans, je n’envisageais pas du tout mon blog comme un business » Chiara Ferragni
Les bloggeuses et leurs sponsors
Les marques ne détiennent pas, à elles seules, les moyens de séduire les consommateurs. Aujourd’hui, les acheteurs potentiels sont plus méfiants vis-à-vis du discours marketing. Ce qu’ils cherchent avant tout, c’est l’honnêteté et la sincérité. Mais qui est à même de leur offrir ça ? L’avantage de la blogueuse, c’est qu’elle apparaît comme une consommatrice lambda dont la légitimité et l’influence tiennent en sa capacité d’objectivité et d’indépendance face aux labels. L’internaute possède encore l’image du blogueur passionné, altruiste, écrivant des billets à titre personnel. Mais cette représentation est totalement obsolète pour les plus influents. Ces blogs sont devenus de véritables petites entreprises, dont la majorité des articles colle à l’actualité des annonceurs. À présent, « bloguer » est devenu une activité à plein temps parfois même très rentable. Grâce la publicité affichée sur le blog ; aux posts sponsorisés, articles vantant les mérites d’un produit à la demande d’une marque ; aux liens affiliés vers des sites marchands où l’auteur reçoit un pourcentage à chaque fois qu’un achat est effectué à partir du lien.
Dès qu’une marque travaille avec une blogueuse, celle-ci doit intégrer le fait que les codes de communication ont changé. Maintenant elle est payée pour le faire, il y a donc un contrat. Ainsi, elle perd une forme de liberté, et surtout une légitimité. Cette rétribution financière engendre une certaine déception auprès du lectorat et surtout d’ardentes critiques de la part des médias classiques. La presse mode reproche aux auteurs un manque d’objectivité quant à leurs annonceurs. Certaines sont même accusées de se prendre trop au sérieux et d’être vendues aux marques. Le blogueur indépendant des premières heures aurait-il perdu son âme en se professionnalisant ?
« Les premiers blogs ont été lances par passion, pas pour permettre à leurs créateurs de s’asseoir au premier rang des défilés.» Imran Amed
Quels rapports aux marques ?
Pour prouver leur bonne foi, la plupart des blogueuses signalent dans leur post quand le produit leur a été offert. Certaines, bien plus rares, refusent carrément les cadeaux. Mais d’autres ne mentionnent pas quand il s’agit de posts sponsorisés par les marques.
Il semblerait que les reines du digital commencent à perdre leur image de liberté. Et c’est bien cette image d'autonomie qui faisait leur succès. Les médias traditionnels sont les premiers à dénoncer ces pratiques, en jugeant leur manque de connaissances et de formation, les considérant comme des amateurs dévorés par leur profit. Cependant, il ne faut pas oublier que la presse féminine n’est pas du tout indépendante des groupes de luxe. Ils payent des agences pour calculer le rapport entre le budget publicitaire investi et le rédactionnel journalistique consacré par les magazines à leur marque.
Les journalistes de mode sont-ils confrontés aux mêmes critiques que les blogueuses? Selon Grégory Pouy, blogueur et directeur du social média chez Nurun : « Contrairement aux journalistes mode dont c’est le métier, les blogueuses ne sont pas obligées d’écrire sur un événement ou un vêtement (…). De plus, elles n’ont pas la pression d’une régie publicitaire. » Bien qu’il soit lui-même un auteur du web, Grégory Pouy a beaucoup travaillé avec des groupes de presse, ainsi il possède un avis pertinent. Il mentionne bien que « bloguer » ce n’est pas un métier. Pour prétendre être un expert, il faut recevoir une formation adéquate. Il dit aussi que les blogueuses n’ont aucune obligation, sauf si, bien sûr, celles-ci signent un contrat avec une marque et accepte un partenariat. De plus, les journalistes sont soutenus par une rédaction, alors que les amateurs ne sont pas suffisamment armés face aux pouvoirs des grands groupes de luxe.
« Je travaille avec des marques qui respectent ma vision de la mode. Je n’oublie jamais que mes followers me suivent.» Chiara Ferragni
Les blogs mode vs. Les groupes de presse
« L’âge d’or des blogs mode est révolu » affirme Robin Guihan dans les pages du New York Magazine. Elle annonce la perte d’influence des blogs à cause de l’offensive tardive mais agressive des médiats ordinaires sur la toile. Les blogueuses n’ont donc plus le monopole des réseaux sociaux. La presse écrite est rentrée dans la danse de l’interactivité pour ne pas couler. Ainsi, les blogs se retrouvent noyés dans un océan de posts et d’informations, sauf les plus célèbres qui sont devenus un véritable business. Ne s’agirait-il pas de ceux qui ont déjà perdu toute légitimité en faisant de leur blog une entreprise ?
Contrairement à Robin Guihan, Imran Amed, fondateur de Business of fashion affirme : « Les bloggeurs font partie du paysage médiatique de la mode désormais. Dans notre classement des 500 personnalités les plus influentes de la mode, ils figurent d’ailleurs de manière naturelle dans la catégorie médias, aux côtés des rédacteurs en chef, des critiques et des fashions editors. » Alors est-ce le début de la fin, ou la fin du début du règne de la blogosphère ?
Sources :
Ouvrages généraux :
KLEIN Annabelle, BURNAY Nathalie, Objectif blogs! : Explorations dynamiques de la blogosphère, l’Harmattan, 2007.
LE MEUR Loïc, BEAUVAIS Laurence, Blogs pour les pros, Paris, Dunod, 2005.
Articles:
BOUNOUA Mélissa, SCHMITT Amandine, « Blogueuse mode : un métier à temps plein, mais à quel prix ? », in Le Nouvel Observateur, août 2013. URL : http://tempsreel.nouvelobs.com/les-internets/20130825.OBS4303/blogueuse-mode-un-metier-a-temps-plein-mais-a-quel-prix.html
FREY Peggy, « Blogueuse, un métier en or », in Le Figaro madame, septembre 2014. URL : http://madame.lefigaro.fr/societe/blogueuse-metier-or-020914-901155
FOIN Michèle, « Blogs et marques, des clics pas nets », in Libération, octobre 2012. URL : http://www.liberation.fr/futurs/2012/10/28/blogs-et-marques-des-clics-pas-nets_856558
REPRESA Marta, « Blogeurs. La prise de pouvoir », in L'Express Styles, no 3244, septembre 2013, p. 158 à 161. URL : http://www.lexpress.fr/styles/mode/comment-les-blogueurs-ont-ils-pris-le-pouvoir_1284442.html
SCALBERT Augustin, « Les blogueuses mode sont-elles vendues aux marques ? », in Le Nouvel Observateur, août 2010. URL : http://rue89.nouvelobs.com/2010/08/25/les-blogueuses-mode-sont-elles-vendues-aux-marques-163780
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🖤💀➖Photographe: @tay_calenda Réalisation: @eleonorealr & @dame_de_p MUA: @audrey_renouf Model: @eleonorealr
La Jarry - Mon Amour
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(...) "C'était un homme, il suivait toujours son idée. C'était une idée fixe, et il s'étonnait de ne pas avancer ."
Jacques Préver
photo de Robert Doisneau, ...et toujours cet humour de cancre, cadrage subtile devant le magasin Mérode 1953.
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