isaiahsuperpumpkin
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Chut
"Ploc, ploc, ploc" faisaient les gouttes d'eau en éclatant sur le sol du hangar. Elles composaient une sorte de mélodie entêtante qu'il devenait difficile d'ignorer, une fois remarquée. Le petit garçon secoua la tête, pour se débarrasser du bruit. Elle lui avait dit de ne pas se laisser distraire, que s'il ne restait pas concentré, comme elle lui avait appris, ils le sentiraient, et ils viendraient. Il entendrait d'abord leur chant, doux et majestueux, puis il sentirait leurs doigts, longs et fins. Il ne se serait même pas rendu compte qu'ils s'étaient approchés. Il fut pris d'un violent frisson rien qu'à cette pensée. Il n'avait aucune envie d'être emmené. Pire, il avait peur. Il n'était pas comme elle, il était faible, il n'avait pas la même volonté, d'acier renforcé. Le tapotement de petites pattes sur le ciment lui fit relever les yeux. Non non non. Pas maintenant. Surtout, respirer, profondément, et ne pas entendre. Ploc ploc taptaptap ploc... Plus il y en aurait, plus ce serait difficile. Tous ses sens étaient en alerte, attirés par mille et un trésors à voir, écouter, toucher, goûter même, s'il trouvait le courage de sortir de sa cachette... Mais non ! Surtout, ne pas bouger, mais attendre. C'était trop dangereux, il ne savait pas faire, il était maladroit. Il ne ferait qu'aggraver la situation. Il n'était pas discret... Il se rendit compte qu'il se balançait légèrement d'avant en arrière. Qu'est-ce qu'elle lui avait dit déjà ? Ah oui, qu'elle ne partait pas longtemps, qu'il ne fallait pas qu'il s'inquiète, qu'il était en sécurité ; il pouvait rester seul, il s'était assez exercé... Mais elle avait tort. Et elle ne revenait pas. Ploc taptap ploc tap clic Il sursauta. C'était trop. La sueur coulait sur son visage, ses yeux lui piquaient, il n'osait pas bouger, pas même pour s'essuyer, ni même pour se boucher les oreilles, car il savait ce geste inutile. Un chant, doux et majestueux glissa dans les airs et pénétra dans le hangar abandonné. Lorsqu'on l'entendait, il était déjà trop tard. Des longs doigts vous touchaient alors, sans que vous ne vous soyez rendu compte qu'ils s'étaient approchés. Il la reconnut, grande, belle et transparente. Elle avait tenu parole. Elle lui sourit et lui tendit la main.
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Le retour
Il était parti pendant trois mois. Trois longs mois à l'autre bout du monde, mais avec internet les kilomètres ne se comptent plus. "Et comment vous feriez sans ça ?" Eh bien on s'enverrait des lettres qui mettraient des semaines à être délivrées. En fait, elle ne voulait même pas y penser ; c'était déjà assez dur comme ça. Ne pas se voir, ne pas se toucher, ne pas partager des moments ou des sorties ensemble, ne pas s'embrasser, ne pas dormir l'un contre l'autre... La liste infinie des "Ne pas" pour toutes sortes de petites (et grandes) choses du quotidien qui paraissent énorme lorsqu'on se retrouve seul. Mais aujourd'hui était différent. Les longs mois étaient passés, chaque jour avait été barré. Elle était en route pour l'aéroport. Elle allait être en avance, voire plus, car elle ne tenait plus en place. Chacune des cellules de son corps était tendu vers ce moment, le moment. "Tu ne m'embrasses pas ?" La tête nichée au creux de son cou, elle ne bougeait plus. Elle l'avait repérée tout de suite, ses yeux comme aimantés par cette silhouette qu'elle n'avait pourtant pas vue depuis des lustres. La joie qui l'avait envahie était telle qu'elle avait cru fondre en larmes (et même fondre tout court). Au lieu de quoi, elle remplissait tous ses sens des sensations qu'on lui avait ôtées pendant toutes ces semaines. Son odeur, sa peau, sa voix, sa présence, enfin. Elle avait juste peur d'une chose. Une chose dont elle avait tant rêvé, qu'elle avait tant imaginée, scénarisée... Le baiser. Le premier baiser après l'éloignement, tant attendu, tant désiré, celui pour lequel elle avait pleuré, le soir, pour lequel elle aurait été prête à acheter un aller-retour express sur la semaine, ou à créer un téléporteur qui relierait le bord du monde à son petit appartement. Et maintenant, elle avait peur, que l'univers s'envole, la laissant seule, ou que le contact de leurs lèvres provoque une explosion qui détruirait tout sur son passage, à des milliers de kilomètres à la ronde. Mais c'était complètement fou. Irrationnel ! Alors elle leva la tête, se perdit dans son regard, approcha sa bouche de la sienne... Ce ne fut pas une bombe, ni un ouragan, mais un savant mélange de douceur et d'amour, de retenu et de passion, de lui, d'elle, de sucre et de fraîcheur. Le meilleur baiser jamais consommé ; le temps lui-même voulut s'arrêter pour laisser les amoureux profiter de cet instant. Quand elle rouvrit les yeux, tout avait disparu.
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T.
Je voudrais aller me promener avec toi, cette nuit, dans le silence si étrange de Paris des heures tardives, sans rien dire. Juste sentir le froid peu à peu engourdir la peau, les mains se figer, les doigts devenir maladroits.
Faire comme si on était seuls au monde, découvrir des endroits mystérieux, voir des sales types, de loin, tomber sur des gens louches et se faire embêter, accélérer le pas, en rire…
Boire du thé en essayant de voir les étoiles.
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Night Visiting
Elle garde les yeux fermés. Elle ne voulait pas se réveiller. Jamais rien de bon n’arrive la nuit. Le froid lui chatouille le visage. Elle s’enfonce un peu plus profondément sous les couvertures. Une étrange odeur vole autour d’elle. Le moindre geste lui donne des frissons. Elle se redresse pourtant -u n bruit, un mouvement - elle sent une présence. Il a neigé. Les flocons ont formé un épais tapis de coton qui lui fait serrer les dents lors du contact. Il faudra qu’elle pense à faire réparer la porte-fenêtre. Et le toit aussi. Et puis la météo. Tant qu’on y est.
Il fait incroyablement clair. Au fond de la chambre, elle croit distinguer une forme inconnue, là, près de l’armoire. Elle esquisse quelques pas maladroits. Son esprit est embrumé. Sans doute à cause du froid. Elle devrait dire quelque chose, saluer, un cri, avoir peur, être surprise, mais elle n’arrive pas à ouvrir la bouche, pâteuse, elle n’en a pas l’envie. Elle sait qu’elle doit garder son énergie pour rejoindre le fond de la pièce.
Comme elle s’approche, elle distingue une silhouette longiligne, qui se tourne vers elle, figeant son cœur pour un temps trop long. Deux petits yeux ronds la fixent, surmontant un bec fin et effilé. Une ombre à tête d’oiseau. Elle lui tend une main gantée avant de fondre dans l’obscurité.
Un battement sourd envahit son crâne, un compte à rebours. C’est son cœur qui a repris, mais elle sent qu’il faut rejoindre l’autre.
Elle glisse et happe les ombres, s’en fait un manteau, et tombe.
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La Petite Princesse (1)
29 façons de passer le temps quand on doit rester au lit
1- Dormir.
2- Fixer le plafond.
3- Manger.
4- Ecouter l’Adalne radoter.
5- Ecouter les monologues narcissiques de la Reine-mère.
6- Ecouter le Roi-père éviter de parler des événements malheureux qui arrivent dans le royaume.
7- Regarder le ciel.
8- Regarder les oiseaux dans le ciel.
9- Regarder les montgolfières dans le ciel.
10- Sonner l’Adalne pour rien et l’écouter râler.
11- Recevoir des prétendants.
12- Faire semblant de dormir lors de la réception des prétendants.
13- Compter les étoiles.
14- Inventer un nouveau langage.
15- Pratiquer ce nouveau langage avec les visiteurs.
16- Recevoir le médecin pour vérification des capacités mentales après avoir pratiqué le nouveau langage avec les visiteurs.
17- Recevoir des médecins pour se faire diagnostiquer.
18- Essayer de comprendre pourquoi personne ne trouve de diagnostique.
19- Attendre qu’il se passe quelque chose.
20- Demander au Roi de lire les livres qu’il a apportés.
21- Ecouter les excuses du Roi et les fausses promesses.
22- Regarder les images des livres apportés par le Roi.
23- Se rouler en boule.
24- Fixer le mur droit.
25- Fixer le mur gauche.
26- Essayer de pleurer.
27- Crier dans l’oreiller.
28- Compter les poussières dans les rayons de soleil.
29- Penser à vingt-neuf façons de passer le temps quand on doit rester au lit.
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L’envoleur
Il sauta par la fenêtre. Son corps battait si fort qu’il avait l’impression de vibrer. Les battements de son cœur l’assourdissaient. Si quelqu’un l’avait vu, jamais il ne l’aurait entendu. Heureusement, il n’avait réveillé personne.
Il atterrit dans le jardin. Il avait mal calculé la hauteur et son genou droit avait un peu trop encaissé le choc. Il s’élança à petites foulées malgré tout. L’herbe inondée de la rosée du matin était douce et satinée. S’il n’avait pas eu dans sa poche le plus précieux objet du monde, il se serait allongé là, à même le sol, et il aurait contemplé le monde prendre vie, les étoiles fondre lentement dans l’aube et il aurait attendu qu’Amandine paraisse à la fenêtre du deuxième étage.
Il escalada agilement les grilles. Les chiens couinaient de l’autre côté. Le dos tourné, il hésita longtemps, mais il fallait avancer. Laisser encore tout derrière lui, une deuxième fois, s’en aller. Mais il savait pour quoi, et il savait que cela valait le coup.
Il s’enfonça dans l’obscurité.
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Belle
Elle couvre une nouvelle fois son visage de baisers et la sert contre elle, fort, comme si elle avait peur qu’elle glisse, s’échappe et se referme, hors d’atteinte. Elle ferme les yeux, aussi, fort, parce qu’elle a peur que si elle la regarde trop, elle disparaîtra. Elle n’ose pas les rouvrir, et si ce n’était qu’un rêve ?
Pourtant elle trouve le courage, et ce qu’elle voit la fait se perdre un peu plus.
« Tu es belle Elise, tu es belle ! Tu es tellement belle… »
Avalanche de baisers, de plus en plus abandonnés.
L’autre sourit, mais seules ses lèvres s’étirent. Elle n’y croit pas.
Je ferme les yeux, je m’accroche à ses bras qui m’entourent. Je crois bien que je pourrais palper l’amour, je le sens dans la pièce, mais j’ai besoin de l’entendre pour le voir. Je sais qu’elle ne le dira pas, peut-être qu’elle m’attend, qu’elle attend que ma voix se lève. Peut-être qu’ensuite nous pourrions être à deux. Mais ma bouche est clouée, mes lèvres scellées, ma voix…
J’ai besoin de temps pour les mots qu’on ne me laisse pas. J’aimerais pouvoir l’arrêter, le temps, et préparer ces mots, au lieu d’y penser les jours suivants, syndrome de l’escalier dans mon appartement qui n’en a pas.
Les corps bougent, brûlent, sans trop comprendre comment, je me retrouve presque nue, ses mains sur mes seins, sa bouche sur mon ventre. Mon cerveau se fige. Mon corps tremble. C’est bon putain, alors pourquoi est-ce que j’ai envie qu’elle arrête ?
« Tu es belle, Elise… »
Encore cette foutue litanie. Elle me traîne devant le miroir.
« Regarde. »
Je secoue la tête de droite à gauche, même pas la force de dire non. Elle détourne les yeux. J’ai envie de crier. Ce n’est pas toi le problème, ce n’est pas toi. Je ramène mes bras contre moi, en croix, pour me cacher.
« Regarde comme tu es belle, regarde comme tu es sexy ! »
Comment te faire comprendre ? Que je n’aime pas me regarder, que je vois deux seins, un ventre qui n’est pas plat, des petites poignées d’amour, une taille pas vraiment marquée, de la chair, de la peau, mais de la beauté…
J’ai envie de pleurer, de taper du pied.
Je baisse la tête.
Qu’est-ce que ça doit être chiant de ne pas m’entendre parler.
Tu ramasses mon haut et me le tends. Il vaudrait mieux que j’aille dormir.
Tu ne t’attendais pas à ça, hein ? Peut-être que tu as cru que tu pouvais tomber amoureuse ce soir, cette nuit. Peut-être que tu avais envie d’y croire, toi qui ne crois en rien. Mais maintenant que tu sais… Maintenant que tu sais comment je suis… Les complexes, la naïveté, la froideur, l’innocence, la distance, les mots qui bloquent et restent coincés dans ma tête jusqu’à me rendre folle, jusqu’à m’empêcher de dormir, manger, bosser…
Je ne sais même plus si je voudrais encore ça pour toi, après l’avoir tant souhaité. Je ne sais même pas si je veux toujours que tu tombes amoureuse de moi.
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